L’engagement volontaire dans le corps des équipages de la flotte

Comment et pourquoi s’engager volontaire dans le corps des équipages de la flotte ? Un petit livret de 1926 nous en vante tous les mérites.

Engagements volontaires équipages de la flotte

Petit fascicule sur les engagements volontaire dans le corps des équipages de la flotte. Coll. C.Cheuret

Un corps qui accueille diverses spécialités

C’est un des points forts du corps des équipages de la flotte : accueillir de multiples spécialités. Vous pouvez vous y engager que vous soyez cuisinier, cordonnier, mécanicien, armurier, secrétaire, électricien, radiotélégraphiste ou torpilleurs. Comme dans une équipe de rugby, tous les profils y sont les bienvenus !

Avoir un métier spécifique pour accéder à un certain corps de l’armée n’est pas une chose nouvelle. On pourra, par exemple, se reporter à l’ordonnance du 28 avril 1832, parue dans le Bulletin des lois.

Bulletin des lois N°155, série 9, tome 4, p. 566

Bulletin des lois N°155, série 9, tome 4, p. 566

Un métier de jeune homme célibataire sans enfant et sans histoire

Pour contracter un engagement volontaire dans ce corps, selon le petit livret, il faut être âgé d’au moins 17 ans et de moins de 25 ans, être sain, robuste et bien constitué, faire au moins 1,52m, savoir lire et écrire et n’être ni marié, ni veuf avec enfant, ni divorcé avec enfants. C’est donc un métier pour un jeune célibataire et pas pour un père de famille.

Bien évidemment, il faut être de bonnes vies et mœurs et n’avoir pas été condamné pour des vols, escroqueries, outrage à la pudeur, etc.

Là encore, ces critères assez communs dans les engagements volontaires tels qu’ils ont été spécifiés dans les lois militaires dès le début du XIXe. Pour la taille et l’âge, les définitions ont varié au fil du temps, spécifiant même dans certaines ordonnances l’évolution de la taille du jeune homme en fonction de son âge (cf le Bulletin des lois précité).

Photo d'un moussaillon. Coll. C. Cheuret

Un engagement qui ne se fait pas n’importe où

C’est une des caractéristiques spécifiques à la Marine. Le lieu d’engagement n’est pas autorisé dans toutes les mairies ou dans les chefs-lieux de division, mais la demande doit parvenir à l’un des bureaux maritimes de recrutement qui sont, en 1926, Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort, Toulouse, Bizerte et Casablanca. Pour rappel, l’engagement volontaire dans l’armée de Terre était historiquement possible dans n’importe quelle mairie (n’oubliez pas de consulter les archives communales déposées ou non…).

D’ailleurs si l’on voit bien l’affectation des « conscrits » dans les différents corps, dont ceux de la flotte, les « bulletins indicatifs des corps pour lesquels les engagements volontaires et les devancements d’appels peuvent être reçus » qui paraissent parfois dans la presse mais plus assurément dans les recueils administratifs sont généralement réservés à l’armée de Terre. Quand un appel aux volontaires pour la Marine est proposé, il est dissocié dans un bulletin particulier.

RAA Aveyron 1855

Extrait du Recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aveyron 1855.

Le rôle de chaque métier

Le fascicule de 1926 explique le rôle précis de chaque métier. S’il semble évident que celui du cuisinier est la « préparation des aliments de l’équipage », son rôle est également « l’achat et la préparation des vivres des diverses tables d’officiers et d’officiers mariniers. »

Mais il explique aussi la proportion par grade : 546 matelots cuisiniers peuvent prétendre obtenir un grade de quartier maitre exercé par 253 personnes puis de second maître occupé par 30 personnes.


Pour les autres métiers, la définition du rôle peut permettre d’évaluer le travail à effectuer : le clairon est en charge des sonneries à bord et de la compagnie de débarquement. Le secrétaire militaire fait la comptabilité à bord mais aussi à terre. Le torpilleur se charge de l’entretien et du fonctionnement des torpilles et des bombes. Le télégraphiste, colombophile ou guetteur auxiliaire, semble travailler uniquement à terre, mais en liaison avec le radiotélégraphiste, qui, lui est à bord…

Un bon état de santé et d’instruction

Pour être admis dans les équipages de flotte, il faut être en bonne santé, de constitution robuste, voire très robuste, voire même apte à des travaux de force. Mais ce qui est flagrante, c’est la nécessité demandée à avoir une bonne vue, quitte à ce qu’elle soit corrigée par le port de lunettes. (Le clairon, lui, doit avoir de bons poumons !)

Par ailleurs, aucun homme n’est accepté s’il n’est pas au moins de la 3ème catégorie d’instruction prévue par l’arrêté du 17 avril 1923, c’est à dire à minima « hommes sachant lire et écrire, mais dont l’orthographe est insuffisance ou médiocre et connaissant les règles de l’addition et de la soustraction ». Savoir lire et compter, même mal, est la base minimale acceptée.

Un examen de contrôle des capacités techniques

Puisque le corps requiert des techniciens, un examen de passage leur est proposé en fonction du métier sur lequel ils postulent. Le clairon doit savoir lire le solfège et exécuter des sonneries. Le cuisinier doit savoir faire la cuisine. L’armurier doit savoir faire un croquis à main levée d’une pièce simple, confectionner un outil, l’ajuster et le remettre en état. Le manœuvrier doit connaitre les cordages, les nœuds, les voiles, et être capable de naviguer sur un bateau à voile, à vapeur et à manœuvre un aviron). Ces examens pratiquent ont lieu pour certains dans les ports militaires, pour d’autres dans les parcs régionaux d’artillerie ou dans les chefs-lieux des régions militaires (pour la cuisine par exemple).

Cet examen pratique avant engagement existe depuis longtemps. Vous pourrez ainsi remarquer que les engagements militaires plus anciens (on peut citer par exemple celui de Pierre Paliès né en 1833 à Roquefort dans l’Aveyron et engagé volontaire en 1854, en pleine guerre de Crimée), sont liés à des métiers spécifiques (dans le cas cité, il est ajusteur).

Et pour vos ancêtres ?

S’engager volontairement permettait à nos ancêtres soit de faire un service militaire par anticipation de leur date d’appel (21 ans jusqu’en 1913), soit de remplir une action citoyenne (engagement pour les durées de guerre), soit encore d’avoir une activité professionnelle assurée (dans le cas de familles nombreuses ou tous les enfants n’avaient pas la certitude d’avoir un héritage de terrain suffisant pour survivre).

Pour le cas spécifique de la Marine, et plus particulièrement des équipages de la flotte, les conditions particulières d’instruction, de santé et de connaissance d’une spécialité technique vous amèneront à regarder quelle taille, quel métier faisait votre ancêtre. Cela justifiera peut être un engagement dans un lieu distant de plusieurs centaines de kilomètres et rendra plus clair pourquoi un jeune homme du centre de la France se déplace jusqu’à Brest, Toulon, Cherbourg…

Une fois l’engagement volontaire repéré, les registres liés aux inscriptions maritimes vous permettront de retracer le parcours plus précis de cet homme.

Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG d'août 2025 sur le thème imposé "un équipage de la flotte".

© 2025 Généalanille Article publié le 31 aout 2025

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