Vive le rouge ou vive les rouges
Jean Miquel est acquitté en 1850 pour avoir crié « vive le rouge » ou « vive les rouges ». Une histoire qui cache d’autres anecdotes.

Un double acquittement
Quand en 1850, Jean Miquel est acquitté, ce n’est que pour confirmer l’ordonnance de non-lieu prononcée en sa faveur en décembre de l’année précédente. De quoi était-il accusé ? D’avoir porté, avec d’autres camarades, des rubans de couleur rouge, et poussé des cris ; emblèmes et cris considérés séditieux.
L’histoire en résumé
En 1849, une bande de 25 à 30 ouvriers journaliers arrivent sur la place d’Asprières, précédés d’un homme jouant de la vielle et d’un autre portant un bâton surmonté d’un gâteau. Les jeunes gens s’arrêtent devant la caserne de gendarmerie, entourent l’arbre de la liberté, dansent et chantent la Marseillaise. Certains vont au café Aussel tout proche, et l’un d’entre eux, Jean Miquel, ressort avec un bonnet rouge. Ils crient, selon les témoins, « vive le rouge » ou « vive les rouges » sur cette place avant de pousser le même cri à la fête votive des Albres. Les gendarmes observent mais n’interviennent pas et se contentent de rédiger un PV transmis à leur hiérarchie.
Tous sont interrogés (jeunes gens, gendarmes et témoins) et l’homme au bonnet se retrouve devant la justice qui l’acquitte, comme nous l’avons déjà évoqué.
Une affaire qui cache d’autres réalités
Le témoignage des gendarmes
Le témoignage des gendarmes est un élément frappant. Le procès-verbal écrit le jour même indique que chaque ouvrier avait une cocarde rouge à son chapeau et un ruban rouge à sa boutonnière. Même le bâton surmonté du gâteau était surmonté de rubans rouges. L’homme entré chez l’aubergiste est ressorti avec un bonnet rouge garni d’une cocarde rouge et de rubans rouges.
Or, lors d’un deuxième interrogatoire, les gendarmes vont être beaucoup moins affirmatifs sur la monochromie des rubans. Ils évoquent d’autres couleurs et pas uniquement celle-ci.
Un rouge pas si rouge
Un autre témoin raconte la scène en indiquant que l’un portait « un bonnet rouge, mais il était si sale, qu’il fallait être bien près pour connaitre la véritable couleur ».
Si les autres témoignages évoquent bien des rubans rouges, ou des dahlias de la même couleur, ils indiquent au juge que les rubans étaient multicolores, notamment avec du violet.
L’aubergiste précise que le bonnet était tout détérioré, et que, bien occupé qu’il était, il n’a pas vu la personne partir avec et n’a donc pas pu se faire payer.
Le rouge, couleur de la révolution
Le rouge est le symbole de la Révolution des ouvriers en 1848 (nous sommes une année plus tard). Le port de cette couleur est prohibé par la Constitution. Une bande de jeunes gens, assez nombreuse, face à cinq gendarmes a pu les inquiéter sur le trouble à venir, surtout que la plupart étaient inconnus du brigadier, car ils travaillaient sur une autre commune. Les autres témoins, eux, ne semblent pas avoir pensé un seul instant à une possible émeute.
Pourquoi un gâteau ?
Le gâteau peut intriguer. Une tarte à la crème aurait pu laisser à penser à un autre usage, tel un entartage ! En fait, la troupe semble avoir deux gâteaux offerts par leur patron et destinés à être mangés, pourquoi pas à la fête votive du village voisin. Ce présent semble être d’usage lorsqu’un travail de longue durée a été achevé. Ainsi donc, les ouvriers de M. Perrin de Peyrusse-le-Roc ont reçu ces gâteaux parce qu’ils venaient de terminer la construction d’un canal d’irrigation.
Vive le rouge ou vive les rouges ?
Outre les gâteaux, les hommes ont été aperçus avec un petit baril… de vin rouge ! Celui-ci provient également d’un don de leur patron. Devant les gendarmes, ils semblent avoir crié « vive celui qui fait travailler les ouvriers » ou « vive le rouge et M. Perrin qui nous l’a donné. » A la fête votive, les gendarmes ont plutôt entendu « vive les rouges », mais comme les hommes n’ont pas créé de trouble, il n’y a pas eu d’intervention massive.
Quelques mois plus tôt, dix hommes avaient également crié « vive les rouges » précédé de « A bas les blancs, à bas les noirs » dans une autre commune aveyronnaise et avaient osé se présenter devant le juge de paix avec des rubans rouges à leur chapeau. Ils ont tous été condamnés à trois jours de prison !
Chercher plus loin que le résumé
Ce dossier est un exemple des multiples ressources qu’on peut y trouver : une affaire de justice liée à un homme qui peut être votre ancêtre, une trace d’une tradition ancestrale d’une fête votive, la présence d’un arbre de liberté dans une commune, des coutumes locales ou encore l’écho à la grande Histoire…
Quand on le peut, il est important de pouvoir chercher plus loin que le schéma coupable-condamnation, mais de lire attentivement les documents qui ont pu être conservés.
© 2026 Généalanille - Article publié le 21 septembre 2026











