L'engagement civil en 1939
L’engagement civil en 1939 a permis de compenser le départ des hommes mobilisés en faisant appel à des civils pour occuper certains postes de travail. Comment retrouver la trace, dans les archives, de ces « remplaçants » et de ces « remplaçantes »?
S’engager en 1939
Outre la mobilisation générale des hommes français âgés de 20 à 48 ans, décrétée le 2 septembre 1939, plusieurs formes d’engagement étaient possibles. Il pouvait notamment s’agir d’un engagement volontaire en tant que militaire, ouvert aux Français comme aux étrangers, ou d’un engagement dans la défense passive, par exemple au sein des équipes d’urgence de la Croix-Rouge française.
Parmi les personnes ayant contribué à l’effort de guerre en palliant le manque de main-d’œuvre, il faut distinguer l’engagement civil, qui va être évoqué ici, de la réquisition ou de l’affectation spéciale, qui relevaient de dispositifs différents.
La loi du 11 juillet 1938
C’est la loi du 11 juillet 1938 portant sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre qui prévoit les clauses d’engagement civil. Elle est mise en œuvre par le décret du 5 janvier 1939.
Cette loi peut être consultée sur le site legifrance.gouv.fr
Elle a été abrogée depuis le 24 avril 2007.
Une liste d’emplois à pouvoir en cas de guerre
Ce ne sont pas une, mais plusieurs listes d’emplois à pourvoir qui paraissent. Ainsi, le ministère des Postes, Télégraphes et Téléphones recherche certes des radiotélégraphistes, mais également des contrôleurs-dépanneurs TSF, des électriciens poseurs de lignes, des employés de bureau auxiliaires, ainsi que des personnels pour d’autres fonctions qui ne sont pas nécessairement indispensables à l’échelle d’un département.
Ces besoins spécifiques se retrouvent également dans d’autres administrations et secteurs, notamment au ministère de la Guerre, à celui de l’Éducation nationale, ainsi que dans les services des Finances et des Affaires étrangères.
À l’échelle départementale, les besoins sont davantage liés aux réalités locales et plus directement en prise avec les préoccupations de la population. Ainsi le préfet de l’Aveyron indique la liste suivante de personnes potentiellement à remplacer en tant de guerre, en raison de la mobilisation :
- personnel des mairies (employés et commis) ;
- sapeurs-pompiers ;
- services techniques de la voie publique (cantonniers, manœuvres, égoutiers et ouvriers spécialisés) ;
- service des abattoirs et inspection des viandes et marché (vétérinaires et employés) ;
- hygiène et assistance (agents de désinfection et employés des pompes funèbres) ;
- distribution d’eau (mécaniciens, fontainiers et ouvriers divers) ;
- usines à gaz (contremaitres, surveillants de fours, chauffeurs, ouvriers spécialisés, manœuvres).
Cette liste montre bien des besoins « administratifs » qui relèvent de la préfecture. Les autres activités économiques telles que les commerçants, les mineurs de fonds ou les agriculteurs ne sont pas recensés.
Des besoins variables
Les réponses des communes — certaines n’ayant répondu qu’après deux rappels — mettent en évidence, au sein du département de l’Aveyron, des besoins très variables selon les localités. Si les réponses de l’ensemble des communes n’ont pas été conservées, celles qui sont disponibles montrent néanmoins qu’une partie des municipalités, quelle que soit leur taille, souhaitent pouvoir bénéficier d’un renfort de main-d’œuvre en cas de mobilisation générale.
Les besoins exprimés concernent principalement des fonctions indispensables au fonctionnement quotidien des communes et au maintien des services de proximité : secrétaires de mairie, facteurs, cantonniers, agents des PTT, mais également sapeurs-pompiers. Quelques communes précisent toutefois que, même en cas de mobilisation des hommes concernés, elles pourront s’appuyer sur les compétences d’hommes non mobilisés présents sur leur territoire.
Les municipalités ne sont d’ailleurs pas les seules à faire état de besoins en main-d’œuvre. D’autres services expriment également des demandes spécifiques. Les haras de Rodez, par exemple, sollicitent trois personnes, tandis que le service des Mines formule une demande équivalente.
Des conditions d’engagement
Pour pouvoir s’engager, il faut donc être un homme non soumis aux obligations militaires ou une femme. Cette situation offre notamment aux femmes l’occasion de démontrer leur patriotisme et de mettre leurs compétences au service de l’effort national, y compris dans des fonctions jusqu’alors souvent réservées aux hommes.
Pour les étrangers, la démarche est plus complexe. Les personnes sans nationalité ou relevant du droit d’asile peuvent être réquisitionnées dans le cadre de la loi du 20 juillet 1939. Les autres peuvent toutefois s’engager à titre civil, à condition de ne pas être ressortissantes d’un pays ennemi.
Par principe, il est recommandé de privilégier le recrutement de Français déjà engagés. Une exception est toutefois prévue pour les professions dites « rares », c’est-à-dire celles pour lesquelles la main-d’œuvre qualifiée est particulièrement difficile à trouver.
Une fois la demande formulée, plusieurs éléments sont vérifiés : les compétences professionnelles du candidat, ses aptitudes physiques ainsi que son casier judiciaire. Si l’autorisation est accordée, le candidat doit alors signer un acte d’engagement.
Acte d’engagement
En exécution des prescriptions de l'article 18 de la loi du 11 Juillet 1938 sur l'organisation générale de la nation pour le temps de guerre :
M. (Monsieur, Madame, Mademoiselle) ……
(Nom et prénoms) …..
Né le …..
s'est engagé, devant le Préfet du département de …., le ….. à servir dans les conditions fixées par l'article 18 de la loi du 11 Juillet 1938, en qualité de .... (emploi) dans (administration, service, établissement ou exploitation) pour une durée de (nombre d'années) …. ou pour la durée des hostilités.
Il se présentera le …. N° jour de la mobilisation à ….. heures à ...... (lieu de l'emploi) sauf convocation à une date antérieure par un ordre spécial.
En vertu du présent acte, l'intéressé a droit, à compter du jour où il aura rejoint son poste, à un traitement ou à un salai re calculé dans les conditions fixées à l'article 15 de la loi du 11 Juillet 1938.
L'intéressé a droit, en outre, pour lui, sa famille et leurs bagages personnels, au transport gratuit pour se rendre de sa résidence habituelle au lieu où il exercera l'emploi pour lequel est contracté le présent engagement.
A … le…
Les cas de refus et propositions spontanées
Certains dossiers ne sont toutefois pas retenus. Parmi les motifs de refus figurent notamment le fait, pour un homme, d’appartenir à une classe mobilisable, de présenter un casier judiciaire non vierge ou encore d’avoir été précédemment révoqué de ses fonctions à la suite d’une sanction disciplinaire.
À l’inverse, certains notables se portent spontanément volontaires, mettant en avant leur état de santé et leur capacité à être encore utiles (c’est notamment le cas d’Adolphe Boisse de Black, qui signe comme conseiller municipal de Bozouls). Quelques-uns proposent également leurs moyens personnels, comme une automobile, qu’ils estiment pouvoir mettre au service de la Nation (comme Paul Baconnet, huissier honoraire à Decazeville).
Retrouver les personnes engagées
Les actes d’engagement sont généralement établis en trois exemplaires : l’un remis au signataire, le deuxième conservé par la mairie du lieu d’engagement et le troisième transmis à la préfecture. Cette organisation offre ainsi trois possibilités de retrouver la trace du document.
Les archives préfectorales peuvent également conserver les dossiers de demande, ainsi que les dossiers correspondant aux refus. Certaines listes nominatives permettent par ailleurs de confirmer le lieu d’affectation, notamment lorsqu’une personne se porte candidate dans un autre département ou est amenée à rejoindre une commune ayant exprimé un besoin particulier.
Enfin, le retour des hommes mobilisés entraîne, en principe, leur réintégration dans leur poste. Il est donc possible de retrouver des documents relatifs à cette période, tels que des contestations, des décisions de réaffectation ou des confirmations de maintien dans leur poste pour les personnes engagées à titre civil.
Une recherche facile ?
Selon les archives conservées, la recherche des engagés civils sera plus ou moins complexe. Mais si votre ancêtre -homme ou femme - vous dit qu'il a été embauché suite à la mobilisation de 1939, cela vaut le coup de fouiller un peu pour vérifier si son dossier a été conservé.
© 2026 Généalanille Article publié le 31 aout 2026











