Socface et les recensements de population

Le projet Socface, arrivé à terme, représente un nouveau moyen d’exploiter les recensements, utilisés entre autres en généalogie. Avantages et inconvénients à partir d’exemples.

Le projet Socface

Le projet Socface a été créé en 2021 pour une fin prévue en mars 2026. Mêlant archivistes, démographes et informaticiens, il était l’occasion d’utiliser les technologies OCR/HTR et leur application aux recensements quinquennaux de population. Tel était la présentation qui en était face aux généalogistes, pour ma part en juin 2023.

La collecte des recensements de populations concernait les centres d’Archives départementales et les Archives municipales volontaires. La carte de 2023 faisait espérer que nous aurions tous l’occasion d’utiliser cette outil…

La carte publiée sur le site Socface en octobre 2026 nous laisse à penser que le gros du travail est fait et que les données sont exploitables (sauf pour quelques exceptions).

L’OCR et le HTR

Si la reconnaissance optique de caractère imprimé (OCR) est une technologie utilisée depuis de nombreuses années et dont la limite technique était liée à la mauvaise impression du document), la reconnaissance de l’écriture manuscrite cursive (HTR) est plus difficile à interpréter. Ah, comme nous aurions aimé que les personnes ayant en charge l’écriture de certains actes (état civil, actes paroissiaux ou notariés, circulaires ou réponses…) s’appliquent pour nous permettre de les lire plus facilement !

Au début du projet, l’analyse d’un document écrit à la main, même dans une forme très cadrée que sont les recensements, nécessitait un entrainement de l’outil informatique en s’appuyant sur des indexations manuelles.

La disposition des données par colonnes rend l’exploitation informatique plus facile et l’analyse des données, par exemple la fréquence des noms, des prénoms, des professions ou de la position dans le ménage (chef, fille, …), permet également une analyse plus rapide, voire une extrapolation de la probable donnée. sp, s.p., s p sont une donnée que l’ordinateur peut interpréter comme signifier sans profession.

Exploiter les recensements, un travail pas si nouveau

Analyser les données des recensements de population, du moyen pour les communes de notre environnement ou du département n’est pas une préoccupation nouvelle pour les généalogistes. On notera par exemple la sortie du logiciel Recens en 2013 ou l’utilisation de simples tableurs.

Pour soi, partagé via les associations ou sociétés commerciales, les données y sont exploitées par des personnes qui ont la connaissance locale et donc savent corriger les erreurs d’orthographe. Le travail, pour certains, va même jusqu’à indiquer la bonne année de naissance, ce qui dépasse très largement un simple (mais long) travail d’indexation.

Un test en réel

Prenons l’exemple de l’Aveyron. Le projet nous annonce l’indexation de 4 076 037 individus pour la période 1836-1936.

Le cas général… et la réalité

Le premier des points à prendre en compte est la réalité locale. En raison de l’élimination des documents, les recensements antérieurs à 1876 ne sont pas disponibles, sauf cas exceptionnels de conservation dans les mairies ou dans les dépôts de celles-ci aux Archives départementales.

Si l’information a été relevée, avec d’autres spécificités de certains départements, et sont accessibles sur la page web mode d’emploi, elle n’est pas visible lors de la page de recherche, laissant à penser que « tout est sur internet » comme le pense une partie des chercheurs.

L’accès à la recherche avancée

Le site FranceArchives est une ressource indispensable pour faire des recherches dans les inventaires de tous les centres d’archives (tant publics que privés) qui les ont fournis. La base de Noms qui a été mise en place depuis plusieurs années pourrait devenir une référence en complément des autres bases de données locales ou nationales. A ce jour, il nous manque un accès à la recherche avancée, comme c’est le cas pour les bases Matricules militaires et état civil. Il faut donc commencer par chercher un nom fictif (Dupont, Martin par exemple) pour accéder aux filtres dont le type de document, mais aussi une période de dates.

Les données dans le détail

Puisque le premier nom qui apparait dans la copie écran ci-dessous, est Castelbou Marie à Brasc, prenons cette personne en exemple et comparons avec les données accessibles en ligne sur le site des Archives départementales concernées. On notera que le sigle du Conseil départemental a changé depuis 2021.

En faisant une recherche dans la base des Noms de FranceArchives, on obtient deux fois la présence de Marie Castelbou : en 1886 et en 1896.

En cliquant sur le nom, on obtient la page 3-1 (page droite, feuille de gauche) et la ligne (N°8).

Un patronyme interprété

L’intelligence artificielle n’a pas correctement interprété le nom du mari, et qui, plus est, est différent de deux des enfants. Ainsi, Marie Castelbou, si elle apparait sous son nom d’épouse devra être recherchée avec Espinafre, Espinape, Espinafe, voire Espinasse, patronyme probablement reconnu par un œil humain et reconnu par l’IA sur le recensement de 1886 !

Un nom de lieu interprété

Si le patronyme est interprété, le nom de lieu peu également l’être. On trouvera ainsi des pays comme Pologne transformés en St Sologne.

Il faut donc veiller à chercher au sens large et à croiser les données au maximum dans l’attente d’une longue et compréhensible reprise des corrections. On peut rappeler que pour les personnes nées à l’étranger, les feuilles de comptage et le tableau récapitulatif sont des éléments essentiels pour optimiser la recherche.

Le cas des femmes

Quiconque qui a déjà consulté des recensements de population sait qu’une femme peut être inscrite à son nom de jeune fille ou à son nom d’épouse. Certaines ont la notion de « épouse de » qui a bien été référencé dans le projet Socface.

Une recherche optimisée

A partir du détail du résultat, retrouver cette personne est facile et rapide puisqu'on dispose de la feuille et de la ligne. Il faut cependant aller sur le site des archives concernées pour aller consulter l’image (étape essentielle, vous l’aurez compris en raison des imperfections de l’indexation).

Cet accès facile est autant plus appréciable sur des communes de grande taille. Les recensements de Paris sont inclus dans cette base nationale, il suffira de se reporter à l’outil mis en place sur le site des Archives de Paris (et qui a donné lieu à une très belle exposition fin 2025) pour retrouver les documents de cette commune.

Un export proposé

La base des noms propose un export au format csv. Il ne faut pas se priver de cette fonctionnalité qui permet d’obtenir une liste avec cote, nom de commune et année. Le bouton Consulter le document numérisé, ainsi que le lien indiqué dans le csv, renvoie uniquement à la page d’accueil des recensements et pas directement à l’image.

Un très intéressant accès par profession

Lister par profession est un excellent moyen de travailler. Il peut permettre d’identifier des personnes mal orthographiées ou d’analyser la présence d’un métier dans une commune ou un département.

On peut ainsi recenser 136 cabanières en Aveyron, certes en doublon selon les années. Cela peut permettre d’engager une analyse sur des zones géographiques et de récupérer des noms patronymiques quand on cherche des exemples. Les fichiers d'analyse statistiques classiques et disponibles, par exemple sur le site de l'INSEE pour ces recensements est bien évidemment une ressource à ne pas négliger.

Les évolutions à prévoir

Outre les nécessaires corrections, on espère que les propositions d’indexation des adresses pourront être réalisées, donnant à cet outil une nouvelle dimension pas seulement orientée sur des noms patronymiques.

La base des noms proposée par FranceArchives peut s'avérer comme un outil très utile et est donc à rajouter dans ses favoris pour pouvoir l'utiliser systématiquement.

© 2026 Généalanille

Article rédigé le 10 aout 2026 et publié le 12 octobre 2026

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