Retracer l’histoire d’une exploitation agricole

Comment retracer l’histoire d’une exploitation agricole depuis le XIXème siècle ? Quelles différences avec l’histoire d’une maison ou d’un commerce ? Quelles ressources utiliser ?

Exploitation agricole

Tous descendants de paysans ?

Il n’est pas rare de trouver des ancêtres agriculteurs quand on réalise son arbre généalogique. Petit paysan, riche propriétaire, fermier, vigneron, producteur, éleveur, etc. Chaque zone géographique peut amener à des particularités de production et donc des ressources archivistiques variées.


Les biens immobiliers

Comme dans la réalisation de l’histoire d’une maison, il faut étudier l’évolution des biens bâtis (maison, hangars et autres bâtiments annexes) tant sur leur surface (démolition, reconstruction) que sur leur environnement (incendie, présence d’une rivière, …). Outre les bâtiments, une exploitation agricole nécessite du terrain dont il faut évaluer, bien entendu, la superficie et la typologie (pré, bois, ...), mais aussi la valeur et, si possible, son relief et ses accès.


Pour ces éléments, les documents essentiels sont le cadastre, le plan par masses de cultures (quand il a été conservé), tous les éléments permettant de retracer propriétaires et locataires (actes notariés, baux, enregistrement des actes, successions, hypothèques, recensement de population, justice de paix, presse) ainsi que les ressources liées à l’environnement cours d’eaux, chemins, statistiques sur le territoire, urbanisation du territoire, etc.


Les occupants

Outre les propriétaires quand ils sont occupants et les locataires (fermiers ou métayers), il faut veiller à trouver la trace de la main d’œuvre ponctuelle. Il peut s’agir d’hommes et de femmes qui viennent se « louer » à l’année, par exemple à la Saint-Martin, des journaliers venus aider pour une période particulière (moisson, vendange), d’étrangers engagés comme domestiques agricoles, de jeunes enfants faisant, par exemple, les fonctions de berger.


Pour ces éléments, les documents à consulter vont de l’état civil (reflet de trois moments de la vie que sont les naissances, mariages et les décès), aux recensements de population quand ils sont conservés (tous les cinq ans au printemps), mais aussi aux livrets agricoles, aux enquêtes agricoles, aux passeports pour connaitre les déplacements, aux rapports de police et à la mutation des biens par décès (pour évaluer un niveau de vie). La presse peut également apporter quelques pistes avec les besoins en main d’œuvre par le biais de petites annonces et certaines anecdotes dans les faits divers.


L’outillage et le matériel de production

Le matériel de production est souvent difficile à évaluer. L’outillage est transmis entre les différents exploitants et les évolutions technologiques majeures n’apparaissent qu’à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Outre les outils, les animaux tels que bœufs et chevaux participent au travail de la terre ou au transport des marchandises, bien avant que n’apparaissent tracteurs et autres machines spécialisées.


Le matériel de production apparait dans les transmissions : baux, ventes, contrats de mariage, donations, successions. C’est également le cas pour les animaux dont on retrouve également la trace dans les recensements de bétails et plus spécifiques pour les chevaux dans les archives militaires et les taxes spéciales. Quant aux tracteurs, leur immatriculation devient obligatoire par la Circulaire du secrétaire d’État aux Communications aux préfets du 17 novembre 1941, les demandes sont parfois mêlées aux autres véhicules (voitures, autobus, vélomoteurs), parfois dans des « séries spéciales », c’est-à-dire des registres spéciaux pour ce type de véhicule.


La production

Il faut différencier trois types de production : celle pour la consommation personnelle de la famille (un cochon, de la petite volaille, des pommes de terre, etc.), celle pour payer la part contractuelle d’un contrat (par exemple, un métayer qui doit fournir une quantité définie de céréales ou d’animaux à son propriétaire), et celui qui permet de gagner de l’argent.

Connaitre la production précise d’une exploitation agricole est difficile, à moins de n’avoir accès à des livres de comptes, qui ne sont pas plus tenus dans une exploitation agricole que dans un commerce avant la 1ère guerre mondiale !


Les ressources à utiliser peuvent être les documents liés aux impôts, les enquêtes agricoles (parfois sur des productions précises) et statistiques, les foires et marchés (paiement de place et octrois compris), la justice de paix et la justice civile. N’oubliez pas de contextualiser les volumes en les comparant à ceux des aux autres producteurs locaux à la même période.


Pour la production animale, pensez à consulter les ressources liées aux maladies et aux contrôles et inspections sanitaires, mais aussi aux déplacements des animaux (transhumance, droit de dépaissance, droit de passage de troupeaux) et aux recensements de certains animaux de race (Herd-Book).

A noter, on peut retrouver des traces des chiens possédés par la famille dans les taxes et dans les jugements de simple police (puisque les animaux devaient avoir une plaque).


Les pratiques agricoles

Regarder la phase de la lune pour planter, évaluer le sens du vent ou l’arrivée de la pluie, pratiquer l’assolement triennal, les pratiques agricoles diffèrent selon les régions et l’expérience des agriculteurs, et fort heureusement, certaines ont évolué. Certains n’ont pas hésité à faire des expérimentations et à en faire un retour par écrit.


Sur ce point, il faut veiller à lire la presse, les revues spécialisées, les documents ou témoignages racontant ces pratiques, les recueils d’usages locaux et les archives des sociétés savantes spécialisées en agriculture.


Les concours agricoles et récompenses

Certains agriculteurs ont participé de manière régulière à des manifestations telles que les concours agricoles, nécessitant généralement de se déplacer pour montrer l’excellence de sa production.


Les récompenses obtenues lors de ses concours peuvent être présentées dans les colonnes de la presse ou dans les archives de la commune ou du département qui organise l’événement. Elles donnent lieu à des plaques qui sont parfois encore présentes sur les murs de la ferme.

 

Les aides financières et les organismes professionnels

Syndicats agricoles, coopératives, mutuelles, chambre d’agriculture, banque spécialisée, comices, tous ces organismes professionnels peuvent avoir conservé des documents concernant l’exploitation agricole qui vous intéresse.


Parmi les recherches à effectuer, veillez à vérifier si les exploitants agricoles ont appartenu à ces structures, s’ils y ont été élus ou désignés. Regardez également si des aides financières ont été attribuées à l’agriculteur et dans quelles conditions (prêts, dons…).

N’oubliez pas les médailles de l’ordre du mérite, des vieux ouvriers agricoles, métayers et fermiers, de la mutualité agricole, etc.


Les calamités

Parmi les calamités, citons les événements climatiques divers dont les agriculteurs sont tributaires : canicule, sécheresse, inondations, grêles, gelées, tremblements de terre, épizooties, etc.


Les ressources principales relèvent des aides, des demandes de secours faites auprès de diverses administrations (de la mairie à l’état en passant par la sous-préfecture et la préfecture). Ces aides sont accordées selon l’évaluation d’un expert, d’un greffier, d’un juge de paix, d’une commission communale et après établissement de listes et de dossiers de demandes.  


La retraite paysanne

La loi du 5 avril 1910 permet aux agriculteurs d’obtenir une retraite via un régime obligatoire d’assurance vieillesse. Ce point sera abordé plus précisément dans un autre article de ce blog.



Sachez qu’elle a donné lieu à l’émission de cartes d’identité nominatives et personnelles comportant parfois une photo.


Les images

Les représentations iconographiques des exploitations familiales sont rares. Certaines cartes postales montrent un bâtiment ou un animal, quelques photos de famille peuvent montrer l’agencement de la ferme et de ses annexes, mais il difficile d’avoir une vue d’ensemble de l’exploitation si ce n’est pas une vue aérienne.


Consultez les clichés aériens effectués pour le renouvellement du cadastre, notamment dans les années 50 et fouillez les archives familiales pour tenter de retrouver les photos personnelles.

 

Une recherche complexe mais passionnante

Retracer l’histoire d’une exploitation agricole amène à utiliser des ressources plus complètes et plus originales que celles utilisées pour une maison, cependant certains vous paraitront trop généralistes car elles ne citent pas expressément l’exploitation que vous étudiez. Outre les archives publiques, ne négligez pas les séries de fonds privés et les témoignages locaux.

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