Le retour des cloches après la Terreur

Comment s’est déroulé le retour des cloches après la Révolution française ? Quelques exemples de contentieux entre les paroisses aveyronnaises.

Le départ des cloches

Par décret du 23 juillet 1793 (5 thermidor an II) il est ordonné la réquisition des cloches de toutes les églises conservées en France. L’objectif est de récupérer la matière première pour faire des canons.

Toutefois une cloche restait présente dans chaque paroisse, pour servir aux besoins du culte. Dans quelques lieux, une deuxième était également conservée pour le timbre de l’horloge municipale.

Les cordes des cloches ont également été confisquées par l’arrêté du 4 germinal an II, et expédiées au port de mer le plus proche.

En Aveyron, le représentant du peuple, Chateauneuf-Randon, ordonna en nivôse an II que toutes les cloches servant pour le culte soient descendues et qu’on retire le battant de celles servant de timbre d’horloges.  Cette décision était illégale mais elle serait vite suivie par la loi du 22 germinal an IV portant interdiction que la convocation à la célébration du culte se fasse au son des cloches.

Un objet nécessaire

Dans les archives aveyronnaises, c’est principalement pour les villages de l’Aubrac qu’on explique l’usage de la cloche qui est « nécessaire pour la commodité des passants qui souvent s’exposent à traverser les montagnes et à perdre leur vie faute de savoir l’heure s’ils sortent du village, de même pour les habitants à l’effet de régler leurs heures de leurs levers, celle de leur repas, de leur départ quand ils veulent aller en voyage et de panser leurs bestiaux en hiver. Se trouvant dans une position très éloignée de villes et lieux où il y a d’autres horloges et dans un pays très montagneux et très sujet au mauvais temps et à la neige. »

Le retour

Une lettre du ministre des finances de l’an V autorise l’administration départementale à faire délivrer des cloches pour timbre aux communes qui n’en ont pas. Un état des stocks est fait dans les magasins et un état des lieux dans chaque commune pour connaitre les besoins.

L’administration départementale autorise dès le début de l’été 1797,  le retrait au magasin d’une cloche, « à la charge des habitants d’attacher la cloche de manière à ce qu’elle ne puisse servir à d’autres usages qu’à celui de timbre ». Dans la pratique, un arrêté est émis pour chaque commune, qui indique le magasin où prélever la cloche. Si celle-ci n’a pas été fondée (ou cassée), on vérifie le certificat du garde magasin qui confirme que la cloche appartient à la commune, avant de la délivrer aux habitants qui se chargent de la transporter. Si elle n’existe plus, une cloche est affectée à la commune… et des litiges peuvent apparaitre.

Des litiges

La commune de Bor et Bar a vu une cloche et un petit poids de son clocher envoyés à Montauban le 12 octobre 1793. Dans l’an V, les habitants ont récupéré une cloche au magasin de Villefranche mais qui n’est pas la leur qui est partie à Saint Grat. « Sur notre cloche est empreint une marque claire et non équivoque telle qui est le nom de notre commune, le nom du patron, le nom du curé desservant la commune lors de la refonte et autres marques distinctives. » Ils demandent donc le retour de leur cloche au magasin de Villefranche pour pouvoir ensuite la récupérer.

 

Les habitants de Saint-Grat rendent la cloche de Bor et Bar qui leur avait été affectée, mais ils ne peuvent pas reprendre leur bien, car leur cloche a été donnée à Toulonjac. Ils demandent à ce qu’on répare cette erreur. En fait, les habitants de Toulonjac ont demandé la cloche du Monastère de Loc Dieu et l’ont placée à grand frais. C’est cette cloche que les habitants de Saint Grat réclament….

On apprendra plus tard que les habitants de Saint Grat, au lieu de reprendre une petite cloche, ont pris la grosse cloche de Rieupeyroux. Comme les dimensions ne vont pas, ils n’ont pas pu la monter au clocher.


Le baptême de la cloche

Si vous avez l’habitude de consulter les registres paroissiaux sur les pistes de vos ancêtres, vous avez probablement déjà croisé des baptêmes de cloche et lu le nom de ses parrains et marraines. Ces éléments sont parfois gravés sur la cloche, la rendant identifiable. Avant la création des registres paroissiaux, ces informations sont à rechercher dans les archives ecclésiastiques. (L'usage de baptiser les cloches semble dater de 968).

 

On pourra citer le cas de la cloche de Saint Martin des Faux, mairie et canton de Salles-Curan, qui a été affectée en l’an V à la commune de Pont de Salars. Les habitants se sentent lésés  et peuvent prouver que la cloche est celle de Saint Martin des Faux parce qu’il y a, sur celle-ci,  « Vox Sonat » et la date de 1464.

Une inscription (volontairement) effacée

Si l’inscription est un moyen d’identification, la paroisse de Glassac a pris soin de la faire effacer pour s’approprier une cloche qui n’est pas la sienne.

 

Glassac fait des parties des communes dont les cloches ont été descendues en 1793. Sur les trois cloches, deux ont été remises à Villefranche, dont une cassée. Elles ont ensuite été envoyées à la fonderie de canons de Montauban.

Deux ans plus tard environ, les habitants ont récupéré une cloche et ils s’en sont servi pendant 8 ans sans problème avant que leurs voisins de la paroisse de Bessenoits ne viennent la chercher avec des fusils et une paire de bœufs.


Sur la cloche de Bessenoits étaient inscrits « Saint Blaise priez pour nous »,  le nom du parrain (François Bouscayrol), de la marraine (Rose Guirbaldy du Plegat), du curé (Me Pierre Molinié), la date de la fonte de la cloche (1771), le nom du fondeur (Louis Fabvre), le portrait de Saint Blaise et une croix. Beaucoup d’éléments d’identification, donc.

Mais sur place, la situation est autre : le nom du saint est effacé avant « priez pour nous », puis on lit le prénom Pierre et c’est à nouveau effacé sur 7 à 8 lettres. Après le mot parrain, deux mots sont effacés sauf une première lettre « F ». On lit ensuite le mot marraine puis c’est effacé.

Dans le bas, la cloche comporte deux portraits d’un évêque et une croix.  La date de fonte commence par 17 le reste est effacé mais pas assez… on semble déchiffer 1771.

 

Des témoins sont interrogés :

Jean François Lagarrigue, originaire de la Besse a prêté serment, les mains unies sur les Saintes Evangiles. Il a 29 ans. Il se souvient qu’il y avait d’un côté la figure d’une cloche empreinte sur la cloche même, de l’autre côté une croix et d’un autre le portrait de Saint Blaize. Il y avait une inscription mais il ne sait pas lire.

Il a entendu dire qu’il s’était vendu une cloche, il y a 6 ou 7 ans chez le nommé Bramavic serrurier de la Causselavie paroisse de Glassac.

 

Antoine Bramavic, serrurier de la Causselavie paroisse de Glassac , 38 ans est interrogé. Il a été appelé à Glassac au retour de la cloche du magasin de Villefranche pour remettre le fer qui était nécessaire, pour la rattacher au contre poids mais il affirme qu’il ne s’est pas approché pas de la cloche.

 

La légende dit que c’est lui qui aurait réalisé l’effacement au ciseau et que celui-ci aurait couté 40 francs…

 

La cloche a-t-elle été rendue ? Les documents consultés n’ont pas donné la réponse.

Sauf mention particulière, images d'illustration coll. C. Cheuret

© 2026 Généalanille - Article publié le 6 avril 2026

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