Le curé – un homme avant tout
Le curé est avant tout un homme avec ses qualités et ses défauts, mais surtout ses convictions. Celles-ci ne sont pas toujours en adéquation avec son environnement. Quelques exemples à partir du fichier des ecclésiastiques catholiques pour le diocèse de Rodez.

Coll. C. Cheuret
Le fichier des ecclésiastiques catholiques
A partir de 1881, le Ministère des Cultes établit un fichier des membres du clergé séculier. Destiné à regrouper pour chaque desservant, vicaire ou aumônier des informations d’identification (nom, prénom, date de naissance) mais aussi ses mutations, il s’avère comprendre également les demandes de secours, le montant des traitements, les décorations et les plaintes. Consulter ce document, c’est l’occasion d’avoir accès à un résumé ou à un CV du prêtre. Et bonne nouvelle, non seulement il a été numérisé, mais il est également indexé (à 96% au jour de rédaction de ce billet). Les résultats sont à retrouver dans la SIV des Archives Nationales.
Bien entendu, ces informations sont à compléter par les données disponibles aux archives du diocèse, à celles des archives départementales, mais également des revues et de la presse. On trouve d’ailleurs parfois des fichiers au niveau local.
Archives Nationales F/19/6662
Un curé sans problème
Pour la plupart des prêtres, l’attitude est sans problème. Instruit, dévoué, doux, bienveillant, estimé, charitable, tels sont quelques-unes des qualités qui sont évoquées sur le fichier. La nécrologie ou les témoignages confirmeront ces propos et l’engagement de cet homme dans les paroisses dont il assure le ministère.
On notera dans le fichier le surnom « le brigadier de Boussac » donné à un prêtre ancien militaire.
Des idées politiques
C’est probablement le principal « problème » relevé dans le fichier. Le prêtre a des opinions politiques et n’hésite pas à les exprimer lors de ses homélies, à la sortie de la messe et parfois à faire pression sur ses paroissiens.
« Il a menacé une femme de ne pas aller voir son mari s'il était malade, dans le cas où il ne voterait pas pour des conservateurs. » « Il a dit aux femmes d'user de tous les moyens pour amener leurs maris à bien voter. » « Il a dit qu'il ne fallait pas voter pour les républicains ; que les femmes pourraient obtenir de leurs maris de bien voter, qu'ils ne leur refuseraient rien étant au lit couchés auprès d'elles. » « Il a envoyé sa servante dans le pays pour engager les femmes à bien faire voter leurs maris. » « Il a interdit à ses paroissiens de recevoir des journaux républicains. » « Pression au confessionnal. »« Il a dit en chaire, en pleurant : "que les temps étaient mauvais et la religion menacée". »
Plusieurs fiches expriment également des rapports tendus le jour des élections, le bureau de vote devenant un lieu de règlement de comptes.
Les écoles laïques
Avec la loi Jules Ferry, la France se dote d’écoles laïques. Certains prêtent réagissent à cette « invasion » de la laïcité par des menaces ou des mises à l’écart des familles dont un enfant fréquente ces nouvelles écoles.
« Le prêtre a refusé les sacrements à son fils parce qu'il suit les cours de l'école laïque. L'instituteur se plaint des insultes prodiguées sans cesse contre l'école laïque. » « Cet ecclésiastique a refusé les sacrements à sa femme et à ses enfants parce que ces derniers fréquentent l'école laïque. » « Son enfant est refusé à la première communion parce qu'il fréquente l'école Laïque. Cependant il suit le catéchisme régulièrement. »
Les mœurs
Le prêtre veille sur les bonnes mœurs de ses paroissiens, mêlant conseils, coups d’éclats ou punitions selon son caractère. Parfois, c’est lui qui dérape avec des relations sentimentales trop proches pour sa fonction ou pour des maltraitances ou injures.
« Cet ecclésiastique a conseillé l'opération césarienne sur une femme. » « Il a forcé les femmes à s'asseoir à l'église sur des bancs et non plus sur des chaises. A fait fermer un bal public en le traversant avec une procession. Partialités fréquentes pour certains de ses paroissiens. » « Le desservant a refusé de le marier à l'église parce qu'il habite la même maison que sa fiancée. » Le desservant a refusé de dire la dernière messe d'un anniversaire (payée 27 francs) et déplacé sur le catafalque, un drap mortuaire à l'acquisition duquel le plaignant a contribué. »
« Plainte collective demandant le déplacement de cet ecclésiastique qui maltraite les enfants et combat le Gouvernement. » « Refuse de sonner les cloches qui ont annoncé la fête du 14 juillet sous prétexte qu'il veut les "purifier et les punir". » « Les habitants demandent le déplacement de cet ecclésiastique qui les injurie sans cesse en chaire. Il appelle ses paroissiens "propriétaires pourris", "lâches galeux", etc. Il traite les jeunes filles de "gâtées, taries", etc. »
« On l'accusait notamment d'avoir des relations trop suivies avec deux demoiselles qu'il recevait chez lui à toutes les heures. » « Inculpé d'attentats à la pudeur. » « La justice annonce qu'une information est ouverte contre cet ecclésiastique, sous l'inculpation d'attentats à la pudeur sur des petites filles. » « Tenue déplorable. Court les foires. On l'accuse d'entretenir des relations avec sa servante. »
Des affaires avec la justice
Outre les attentats à la pudeur évoqués précédemment, le prêtre a parfois à faire à la justice, soit au civil pour des injures, soit au correctionnel pour des affaires plus graves, et de manière plus rare aux assises. D’une simple amende à une condamnation à 20 ans de travaux forcés par contumace, ou à l’acquittement, les peines sont variées. Par ailleurs, les prêtres sont parfois privés de traitements, en fuite ou acculés à la démission.
« La Presse annonce sa condamnation à deux années d'emprisonnement. » « Mandat d'arrêt pour attentat à la pudeur. Est en fuite - est renvoyé devant les assises - a été condamné par contumace le 18 mars, à 20 ans de travaux forcés. » » Griefs : attentats à la pudeur. La Justice annonce l'acquittement. » « La justice annonce l'arrestation de cet ecclésiastique pour homicide commis sur la personne d'une femme. » « Il s'est frauduleusement fait envoyer en possession et comme les héritiers qu'il a frustrés ne sont pas assez riches pour poursuivre, il demeure à l'abri. » « Il a dû donner sa démission à la suite de poursuites exercées contre lui pour abus de confiance et captation d'héritage. »
Besoin d’argent
Pendant le Concordat, c’est l’État qui paye les traitements des prêtres. Le fichier est donc rempli de demandes de secours en raison de ressources financières insuffisantes, mais également pour des raisons de santé. Le comportement du prêtre influe, bien évidemment, sur la réponse.
« Dans ces dernières années, sa santé s'étant affaiblie, il a obtenu un congé temporaire qu'il a passé dans l'enseignement. » « Il s'est retiré du ministère paroissial pour raisons de santé. »
« Excellents antécédents ; il est digne à tous points de vue de l'avancement proposé. » « Demande de déplacement ou de suppression de traitement. » « Le préfet conclut à accorder les secours à ce vieillard indigent, très mal vu de ses confrères du clergé depuis que l'on a vu pavoiser les jours de fête nationale. »
En savoir plus sur le fichier
Pour retrouver les prêtres de votre diocèse, n’hésitez pas à consulter le fichier disponible sur le site des Archives Nationales.
L’indexation a été réalisée dans le cadre des projets collaboratifs girophares auquel vous pouvez participer.
Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de janvier 2026 sur le thème imposé "un prêtre ou une religieuse".
© 2026 Généalanille - Article publié le 26 janvier 2026











