Le gendarme amoureux

Le gendarme nommé en Lozère

Théodore Filliol, ancien militaire de la 16ème légion, est nommé gendarme à pied en Lozère par arrêté ministériel du 17 décembre 1903. Il arrive à la brigade de Grandrieu (48) le premier mars 1904 sous le commandement du brigadier Ganjoux et semble avoir de bonnes dispositions pour faire son travail.
Très vite, il tombe amoureux d’une demoiselle Aboulinc que vit juste en face de la caserne de gendarmerie mais le brigadier avertit le gendarme de ne pas engager de relations avec cette fille.

Il fait le mur pour rejoindre sa belle

Le 26 avril 1904, le brigadier part à Mende pour la revue du colonel. Les gendarmes Féral et Filliol sont chargés de rester à la caserne. Théodore Filliol profite de l’absence de son supérieur pour “se mettre en relation de mariage” avec la demoiselle Aboulinc. L’événement est reporté par son collègue au retour du chef qui s’empresse de lui faire la morale.
Le 30 avril, le gendarme demande ce qui est nécessaire pour constituer son dossier de mariage et n’écoute pas les bons conseils du brigadier.
Le 1er mai 1904, il sort en escaladant la croisée du 1er étage pour aller voir sa belle et revient par le même chemin à minuit et quart. Il écope de 4 jours de consigne à la chambre et d’une mutation d’office pour mesure disciplinaire à Réquista en Aveyron…. mais sa mutation est retardée par oubli du ministre.

Dépôts et retraits de son dossier de demande en mariage

Le 22 juillet 1904, le gendarme remet son dossier de demande de mariage et l’enquête de son chef débute le 23.
Avant l’envoi du dossier, le gendarme revient voir son chef en lui disant qu’il a reçu une lettre de son protecteur de Paris qui lui conseille d’abandonner le projet de mariage. Comme le chef ne veut pas lui rendre le dossier, Filliol écrit au commandant d’arrondissement pour ne pas transmettre la demande et le dossier est abandonné.
Le 29 juillet, le gendarme veut à nouveau transmettre sa demande. Comme une des pièces est mal établie, l’envoi est à nouveau retardé.
Finalement toute relation avec la voisine d’en face est interdite à Filliol par le commandant d’arrondissement et son brigadier est chargé de le surveiller car le gendarme s’est désintéressé de son travail dès que sa route a croisé la fille.

Un billet doux qui coûte cher

Le 4 aout 1904, la fille Aboulinc jette un billet dans la rue au moment le gendarme Filliol se trouve à passer, venant de la fontaine.  Le brigadier voit le manège et fait la remarque au gendarme qu’il lui est interdit toute relation avec la fille. Filliol répond:

« Vous ne m’empêcherez pas de faire ce qui me plait avec elle. »

Le gendarme est menacé d’être consigné à la caserne, il rétorque:

« Fichez en 30 si vous voulez et le conseil de guerre, ça m’est égal. »

Il est puni de 4 jours de consignes à la chambre, plus 4 jours par le chef d’escadron, augmentés de 15 jours de prison par le colonel.
Un rapport est fourni en vertu de l’article 128 du décret du 4 avril 1900 signalant l’inaptitude au service de l’armée et plus principalement pour mauvaise volonté.

 Prison et hôpital

 Le 7 août 1904, le commandant demande le dossier et exige des explications sur le retard. Filliol semble céder sous la pression et demande par écrit que son dossier ne soit pas envoyé et indique qu’il a abandonné tout projet de mariage avec la fille Aboulinc.

Il débute son séjour en prison le 14 aout et le 19 il est envoyé à l’hôpital de Mende dont il sort le 31 aout avec un mois de convalescence. Pendant ce temps son changement pour Broquiés (12) est prononcé et sa mutation est prévue à son retour de convalescence le 4 octobre. Le dossier de mariage n’a pas été plus loin que l’arrondissement.

Une nouvelle enquête

En mars 1905, un nouveau dossier est déposé et le 5 avril 1905 une nouvelle enquête est menée: il semble qu’on se soit tromper sur la conduite de la fille et le cabinet du préfet insiste pour que le résultat de l’enquête soit positif!
Aucune fille Aboulinc ne semble avoir épousé le gendarme.

Théodore Filliol sera décoré de la médaille militaire en 1917.

© 2016 Généalanille Article publié le 5 février 2016

6 juillet 2026
« J’étais sous l’emprise hypnotique de mon mari », c’est ce que donnera comme argument Yvonne devant la cour d’Assises de l’Aveyron. Retour sur le rapport de l’examen médical qui a suivi.
29 juin 2026
Je ne peux nier être son amant, c’est ce que devra écrire, un révolver sur la tempe, l’amant d’Yvonne lors d’une nuit tourmentée à Millau. Retour sur une affaire d’extorsion de fonds et de complicité.
22 juin 2026
Qui sont les domestiques de l’hospice de Rodez dans la deuxième moitié du XIXème siècle ? Quels métiers sont indispensables ? Leurs salaires et avantages en nature évoluent-t-ils ? Y-a-t ’il du « turnover » ? Comment raconter l'histoire d'un domestique ?
15 juin 2026
Quand offrir une carte de messe permettait de s’associer au deuil des familles. Un document à rechercher principalement dans les archives privées.
8 juin 2026
Certains cheminots de Toulouse, Béziers ou Narbonne apparaissent dans les archives de l’Aveyron en raison de leur ravitaillement en pommes de terre dans ce département pendant la Seconde Guerre mondiale.
27 mai 2026
Consulter des archives depuis chez soi est désormais courant, mais l’émergence des salles de lecture virtuelles ouvre de nouvelles possibilités d’accès et de consultation.
25 mai 2026
Comment traiter les dommages de guerre survenus aux propriétaires étrangers ? Un exemple pendant la guerre de 1870 à Blois.
18 mai 2026
C’est plus de 6500 coussins qui ont été confectionnés pour les blessés de la première Guerre mondiale dans l’arrondissement de Villefranche-de-Rouergue en Aveyron.
11 mai 2026
Faut-il porter un nouveau regard sur les femmes sans enfant dans nos arbres généalogiques, à l’heure ou le tabou autour des femmes nullipares et nulligestes se lève peu à peu ?
4 mai 2026
Pour retracer l’histoire d’une maison, il ne faut pas oublier de prendre en compte l’environnement. C’est particulièrement le cas en pays minier, en raison de la présence de galeries souterraines.
Voir plus d'articles