Une maison à la campagne

Avoir une maison à la campagne pour résidence secondaire, tel a été le rêve de certains de nos ancêtres. Où et comment trouver une opportunité et de quelle promotion les départements ont-ils bénéficié ?

Maison à la campagne

Le rêve de la résidence secondaire

Quelle soit à 40km de la résidence principale, ou à des heures de route (bouchons compris). Quelle soit à la mer, à la montagne ou la campagne, la résidence secondaire a fait rêver (et continue de faire rêver) certains de nous et de nos ancêtres.

Envie de calme, d’espace, de soleil, de neige, de se mettre au vert et de se reposer. La réalité est parfois un peu moins rose : il faut commencer par passer la tondeuse, prévoir de dormir sur des lits superposés dans un mini-studio avec vue théorique sur mer, nettoyer les espaces avant de poser les valises, etc.

Cependant, certains n’ont pas hésité à franchir le pas. Ils ont acquis ce lieu qu’ils pourront habiter de temps en temps, louer à de parfaits inconnus, voire projeter de s’y installer dans quelques années.

Petit zoom sur la situation particulière de l'achat d'une maison à la campagne.

 

A la campagne

Partir à la campagne n’est pas une mode nouvelle. Les châtelains ou rois et autres nobles avaient leur « résidence d’été » qu’ils rejoignaient aux beaux jours.

A partir des années 60, une vague de promotion a lieu pour restaurer et habiter des maisons vides. Et qui de mieux que les notaires pour se renseigner sur les maisons inhabitées ?

 

Créée par des notaires, la revue « Maisons à la campagne » devient alors un support qui servira de publicité collective pour ceux-ci et par effet induit pour les maisons inhabitées. Elle sera remplacée en 1968 par la revue « Maisons de France » qui consacrera ses deux premiers numéros à la Lozère et l’Ardèche !

Une troisième revue parle aussi de maisons à cette même période : « Vieilles Maisons de France »  Elle est publiée par une association qui « tend à grouper ceux qui possèdent de vieilles demeures (châteaux, abbayes, manoirs, maisons anciennes urbaines et rurales) et ceux qui s’y intéressent. La rubrique immobilière y est donc plus ciblée.


L'objectif des notaires (et leur revue  Maisons de France) est clairement de vendre à un public plus large que les « autochtones. »

 

La liste des maisons

Lors de l’été 1965, il est procédé en Aveyron à un recensement des vieilles maisons situées dans les zones touristiques susceptibles d’êtres utilisées, en les aménageant, le cas échéant, comme résidences de vacances.

Le résultat de ce recensement a été transmis à la Maison du Rouergue 3 rue de la Chaussée d’Antin Paris 9ème qui constitue, sur le plan touristique, une manière d’ambassade de l’Aveyron dans la capitale, et qui est chargée de tenir un fichier de ces immeubles à l’intention des acheteurs éventuels.

 

En 1968, une liste précise des maisons est faite commune par commune. Les personnes à contacter sont les propriétaires ou le notaire local.

Cette liste indique : la commune, le nombre de pièces et les caractéristiques, les équipements (Eau courante, électricité ou si les réseaux sont proches, eau de source, eau de puits, égouts, chauffage central ou téléphone), le prix (fixe ou à débattre) et quelques observations (l’emplacement plus précis, les ressources en pêches, champignon, fruits, si le chemin est goudronné, les commerces, la date de construction...). Parfois le dossier contient des photos.

Parmi les biens, on peut noter des ruines (du château de Belcastel), un ancien temple (Montpaon), une ancienne école (Bonance), un château (Marcenac à Livinhac)... Et surtout, contrairement à la liste de 1965, on ne se borne pas aux zones touristiques.

 

Exemple d’annonce parue en 1969.

Aveyron 15km Laissac. Vimenet

Altitude 640m. Exposition midi. Maison de campagne, élevée sur sous-sol et comprenant 3 pièces au rez-de-chaussée et 3 pièces à l’étage. Etat moyen, eau de ville, électricité, w-c. Garage, grange, jardin 600m2. Prix : à débattre 50 000F

 

On retrouve cette liste dans la revue des notaires, et elle peut être envoyée sur simple demande à toute personne française ou étrangère. Pour l’Aveyron, elle est également disponible via le fichier tenu par la maison du Rouergue à Paris.

 

Pas uniquement pour les particuliers

La liste des maisons n’est pas juste à destination des particuliers. Ainsi, on peut également connaitre les bâtiments disponibles pour les colonies de vacances : grosse maison bourgeoise, ancien hôtel, ancienne école, ancien couvent. Les fonds de commerce et terrains sont également listés.

 

Certains organismes cherchent parfois à acquérir des hameaux ou des villages entiers pour créer des villages de vacances. Ainsi le 24 octobre 1966, le groupe Havas Conseil cherche dans la liste des villages abandonnés pour les retaper. Il a repéré les villages de La Couvertoirade et de Najac. Le préfet répond qu’il n’existe pas en Aveyron de hameau complètement désertés... quand à Najac, c’est un centre de tourisme relativement important, et certainement pas abandonné !

Un mois plus tôt, c’est un ensemble de 9 fiches portant indication de villages semi-abandonnés qui est envoyé à une personne intéressée pour faire un village de vacances.

 

Une publicité (inter)nationale

La publicité ne s’arrête pas à la presse papier. Voici quelques témoignages reçus par la préfecture.

Le 8 avril 1966, « j’ai entendu à la télévision qu’il y avait dans votre région des villages abandonnés où il serait possible d’acquérir une petite maison à un prix intéressant. »

Le 5 juillet 1967 « Suite à l’émission Dimanche à la campagne consacrée au Rouergue, nous avons retenu qu’il se trouvait dans cette région des maisons susceptibles d’être louées à des prix intéressants.... nous souhaiterions...pour les vacances ... »

Et pourquoi s’arrêter aux frontières ? La publicité s’étend à la Suisse, l’Allemagne, les Pays Bas, le Danemark, la Suède et probablement d’autres pays.

 

Un grand recensement

En 1968, un grand recensement du nombre de logements vacants est organisé dans tous les départements. On peut le retrouver sur internet.

En Aveyron, il démontre que la part de résidence secondaire par rapport au nombre de résidences principales est supérieure à 40% dans le sud est du département. On aurait pu croire que les aveyronnais de Paris, issus de l’Aubrac, auraient conservé un pied-à-terre dans leur département, ce qui ne semble pas être flagrant à cette période.

La commune de Saint-Beaulize dans le Sud Aveyron a 51,7% de résidences secondaires parmi ses logements !

Résidences secondaires Aveyron 1968

Quel résultat sur les ventes?

Si on compare les listings de 1968 à 1969, on constate qu’une partie des maisons est vendue, surtout dans certains secteurs bien placés. Une maison dite « en mauvais état » est retirée de la liste, car elle s’est écroulée ! Les autres sont remises en vente avec parfois des précisions sur la description, l’emplacement ou le prix.

Combien sont restées des résidences secondaires ? Combien sont finalement devenues des résidences principales ? L’imprécision des listes ne permet pas d’identifier clairement les maisons... sauf quand leur photo a été diffusée.



© 2022 Généalanille
Article publié le 08/08/2022

Photos d'illustration : collection personnelle.

 

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