Retrouver ces ancêtres qui disparaissent

Peut-on, aujourd’hui, retrouver ses ancêtres ou parents recherchés dans l’intérêt des familles ? La multiplication des dépouillements et des indexations des archives numérisées nous permet-elle d’enfin découvrir ce qu’ils sont devenus? Pour certains cas, la réponse existe dans les dossiers d’archives ou dans la presse. Pour d’autres, c’est plus complexe. Trois exemples pris dans l’Aveyron.

Auguste Joulié retenu pour affaires

Auguste Joulié, 49 ans, est entrepreneur de travaux publics. Il habite rue du théâtre, quartier Grenelle à Paris mais son activité professionnelle l’amène à se déplacer dans différents départements.

En septembre 1903, sa femme s’inquiète. Cela fait plus de six mois qu’elle n’a pas eu de ses nouvelles. Elle sollicite le préfet de l’Aveyron, dernier lieu connu où était son mari, pour retrouver sa trace. D’ailleurs elle joint une photographie pour aider les recherches des gendarmes.

Le maréchal des logis Cabaup enquête dans tout Rodez. Il apprend que Mr Joulié est en pension dans un restaurant de la rue St Cyrice. Il s’y rend avec un collègue gendarme mais l’entrepreneur s’est absenté.

Le soir même il se présente en personne à la caserne et explique qu’il est en procès avec Mr Douat, un aubergiste de la commune de Vors et qu’il attendait la fin de la procédure avant de rentrer chez lui, c’est-à-dire vers mi-octobre. D’ailleurs, il a écrit à sa femme la veille pour lui annoncer son retour.

Celle-ci aurait pu être rassurée par le courrier du préfet de l’Aveyron, mais elle ne lira pas cette réponse , la lettre étant revenue comme « retournée, maison fermée à Paris. » La photo est donc conservée aux archives.

 

On craint le pire pour Marthe Moujoux

Marthe Moujoux, 30 ans, est l’épouse de Victor Dulac, boucher de Saint Geniez d’Olt. Le 29 janvier 1899, elle quitte le domicile conjugal vers 8H du matin. Son mari part à sa recherche pendant deux jours, il faut dire qu’elle « donnait depuis plusieurs jours des signes d’aliénation mentale. »

Les gendarmes sont prévenus, le sous préfet donne des ordres pour que des recherches soient effectuées dans tout l’arrondissement et il demande au préfet d’élargir celles-ci à tout l’Aveyron mais aussi le Cantal et la Lozère. Il transmet en parallèle le signalement de la disparue.

L’émotion est grande dans la ville des marmots, et la rumeur enfle. Le mari n’aurait-il pas assassiné sa femme ? Lui qui a déjà été condamné pour brutalité envers ses enfants et dont la réputation n’est pas des meilleures ?

Le 7 mars, le sous préfet confirme que les recherches n’ont rien donné. Quelques jours plus tard,  le corps de la jeune femme est repêché dans le Lot à Lassouts, commune où elle était née. Les investigations menées concluront à une congestion liée à la température de l’eau.

 

Où est mort Victor Létang ?

Une chose semble être acquise : Victor Létang est mort. Mais son neveu a besoin de « son mortuaire » pour un arrangement de famille. Confirmer un décès , ou le prouver est aussi une demande qui atterrit sur le bureau des « recherches dans l’intérêt des familles. »

Victor Létang est né en 1811 à Toulon sur Arroux en Saône et Loire. Il s’est marié au Creusot puis s’est séparé. Aux dernières nouvelles, il était à Aubin dans l’Aveyron en 1870. Qu’est ce qui le prouve ? Non pas les recensements de population ou les listes électorales (qui sont en lacunes aux archives) mais un acte qu’il a signé pour autoriser sa femme à recueillir une succession.

La famille a « appris par des étrangers » que Victor Létang était mort, d’où la demande du neveu au préfet de l’Aveyron en 1880 pour faire des recherches. Ce dernier répondra après quelques jours, qu’aucune trace de cet homme n’a été retrouvée dans les établissement industriels du département (Victor était pudleur).

 

Sur ce cas non élucidé, peut-on retrouver aujourd’hui le décès ? Probablement ! Mais cela demande de la méthode, parfois de la chance et probablement de la patience.

 

Quoi et où chercher?

1- Tout ce qui permet de borner la recherche

Sa dernière trace de vie est en 1870, sa date probable de décès est en 1880. Mais qui dit que Victor était réellement mort en 1880 à part « des étrangers ? »

Recensements de population, listes électorales, baux de location ou actes de propriétés, actes concernant les descendants… Toutes ces pistes doivent être exploitées pour vérifier la fourche de recherche .

Puis, les bases de recherches sont, de manière non exhaustive , les suivantes:

2- les tables de succession

C’est une évidence, et pourtant…. Le décès d’une personne est susceptible d’être enregistré au domicile de la personne. Parcourir les tables de succession, c’est déjà éliminer des pistes de recherche.

3 – les bases de données

Cercles de généalogies, généalogistes amateurs et professionnels, sociétés commerciales, archives ou instruments de recherche numérisés, les bases de données de dépouillement ou d’indexation se multiplient sur internet. Il serait ridicule de ne pas les utiliser, mais il ne faut pas oublier pas d’étendre la recherche à d’autres départements. Rien ne dit en effet que, pour notre exemple, Victor soit resté en Aveyron

4- les jugements

Pourquoi commencer par les jugements? Rendus par les tribunaux correctionnels, les assises mais aussi les tribunaux civils ou militaires, les jugements permettent de retrouver pêle-mêle les vagabonds, les mendiants, les interdits de cités, les déserteurs, les voleurs de quignons de pain (et autres nourritures), les “étrangers au pays” bagarreurs….

5 – les autres archives

C’est le plus gros du travail et il dépend de ce qu’on a glané comme informations. Inutile de les citer, toutes les séries peuvent être concernées….

 

Si on n’a pas trouvé?

Il faut rester patient et confiant, avec le temps et la multiplication des indexations, un jour peut être des informations sur le disparu seront mises à disposition.

Si vous avez un ancêtre ou un parent disparu, n’hésitez pas à lancer une bouteille à la mer (virtuelle) sur les forums, blogs, ou réseaux sociaux avec les noms et renseignements que vous possédez. Internet a beaucoup de mémoire et les internautes ont des ressources insoupçonnées!

Sources: 4M346-AD12, 4M347-AD12, 5E153/85-AD71, 4E125/11-AD12, journal de l’Aveyron

 © 2016 Généalanille - Article publié le 30 septembre 2016

 

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