Les domestiques de l’hospice de Rodez

Qui sont les domestiques de l’hospice de Rodez dans la deuxième moitié du XIXe siècle ? Quels métiers sont indispensables ? Leurs salaires et avantages en nature évoluent-t-ils ? Y-a-t ’il du « turnover » ?

Le petit personnel

Le domestique est la personne, homme ou femme, au service d’une maison. Il peut assurer des fonctions telles que valet de chambre, bonne, femme de service, cuisinière, lingère, jardinier, ou affecté à toute tâche en lien avec la ferme (soin des animaux ou entretien des cultures).

La maison est à prendre au sens large du terme : villa, château, ferme ou domaine agricole, mais également établissement public ou privé, tels que prisons, hospices, écoles normales …. Dans les administrations, les domestiques peuvent être assignés à d’autres tâches que celles déjà évoquées, telles que perruquiers, coiffeurs ou barbiers, infirmiers ou gardes malades, concierges, voituriers, mais aussi avoir des fonctions précises comme vacher, fournier ou vigneron selon les besoins de l’établissement.

On parle de petit personnel, de domestiques de ferme ou de gens de maison. Quand ils sont embauchés par des administrations, quelques archives peuvent apporter des pistes pour mieux appréhender leur vie.

L’hospice de Rodez : entre continuité et évolution

Si on consulter la liste du personnel de l’hospice de Rodez pour la période 1848-1875, on constate que les qualifications des domestiques oscillent entre continuité et nouveaux besoins.

Il reste nécessaire, au fil des ans, d’avoir un portier, qualifié ensuite de concierge (même s’il n’en est pas fait mention tous les ans). De même, en raison du type d’établissement, il semble logique d’avoir des infirmiers (du moins des personnes qui donnent des médicaments), et des jardiniers (pour gérer le potage qui permet de nourrir la communauté).

D’autres métiers apparaissent sur la liste, parfois pendant quelques années, ou plus ponctuellement. C’est le cas des vachers, fourniers, charretiers, boulangers, perruquiers, bottiers, servantes, buandières, garçons de cuisine, et même chef des domestiques (M. Fugit, né vers 1818).

Pour certains d’entre eux, ils s’engagent à assurer plusieurs fonctions : Marc Ambroise, né en 1838, loué en qualité « de fournier, mais il est entendu que lorsqu’il n’y aura pas de travail au four, il ira vaquer aux travaux qui lui seront demandés ». Quant à Irénée, dont l’âge n’est pas précisé, il est « loué en qualité de domestique pour faire tout ce dont on aurait besoin ».

Quelle rémunération ?

Il n’existe, bien évidemment, pas de grille de salaire définie par une convention nationale ! Le domestique est payé en fonction du poste occupé, de son ancienneté mais aussi probablement des ressources financières dont dispose l’établissement.

 

Pour l’hospice de Rodez, le portier gagne 250 francs en 1848 et est augmenté pour attendre 600 francs sept ans plus tard. Ce montant n’évoluera pas dans les dix années qui ont suivi. 

Le 1er jardinier (Pierre Andrieu), gagne 162 francs en 1848. Il quitte son poste deux ans plus tard et son remplaçant, Jacques Duval de la Capelle Saint Martin, est loué pour 165 francs. Il est rapidement remplacé par Jean Bessière du Piboul au même prix.

En 1861, le premier jardinier s’appelle Bousquet et gagne 200 francs. En 1862, il est remplacé par Victor, enfant naturel originaire de Rodez et âgée de 23 ans. Ce dernier ne touche que 120 francs la première année. Son salaire évoluera au fil du temps, parfois en ayant des avantages en natures (chemises), mais il lui faudra sept ans pour retrouver le salaire de son prédécesseur.

Célestin, qui prend sa place en juin 1871, n’aura pas cette baisse de salaire.

Parmi les autres métiers les plus représentés, ce sont les gardiens des aliénés qui sont payés, pour les hommes entre 120 et 150 francs en fonction du grade. La même année, Nathalie, la garde des femmes aliénées est, elle, royalement payée 30 francs pour la même tâche.

Cette fonction est rapidement remplacée par le terme « infirmier », qui laisse à pense que les soins sont minimes puisque les domestiques qui assurent cette tâche sont moins bien payés que les boulanges ou vachers !

Le plus bas salaire (après celui de Nathalie) est de 40 francs, attribué à « Denis le Vieux », puis de 60 francs au garçon de cuisine qui est qualifié « d’enfant ».

 

Les avantages en nature, s’ils ne sont pas clairement exprimés, relèvent généralement du nourri, couché, blanchi, ce n’est déjà par rien pour certaines personnes. Certains domestiques reçoivent des chemises, d’autres la façon d’un pantalon, ou d’une blouse, d’autres des souliers. Fournir aux domestiques dans ce type d’établissement, c’est garantir une forme de standing…

La louée des domestiques

C’est bien connu, c’est à la Saint-Jean qu’à lieu la louée des domestiques. L’hospice de Rodez ne déroge à cette pratique qui voit arriver de nouvelles personnes à compter du 24 juin. Si certains restent fidèles, ou s’ils travaillent bien, l’employeur a tout intérêt à vouloir les garder plutôt que de former une nouvelle équiper. Par contre, en cas de qualité de travail moyenne, c’est la bonne opportunité pour signifier que le contrat est terminé.

Quelles archives ?

Les domestiques apparaissent sur les recensements de populations qui deviennent quinquennaux dès 1831. Leur périodicité ne permet pas de savoir à quel moment le contrat a été rompu.

On les retrouve également dans l’état civil, les documents fiscaux, le recrutement militaire et plus généralement toutes les ressources bien connues des personnes retraçant une histoire familiale.

Les domestiques, de part leur dévouement, peuvent également être bénéficiaires de leur « maître » dans un testament, on veillera donc à consulter les minutes notariales.

Les femmes, elles, pourront avoir succombé ou avoir été violentées par ceux -ci. Dans ce dernier cas, les archives de la justice et de l’assistance publique pourront peut-être apporter quelques réponses.

Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de juin 2026 sur le thème imposé "un domestique".

© 2026 Généalanille - Article publié le 22 juin 2026.

Illustrations : coll. C. Cheuret


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