L’embuscade de la redoute 8 juin 1944

L’embuscade

Le 8 juin 1944, un groupe de 14 hommes se tient dans la forêt de Charolles “comme poste avancé protégeant la ville.” Avertis du passage d’un convoi de munitions par un train blindé, ils tendent une embuscade mais se retrouvent vers 17H30 face à un train contenant des troupes allemandes qui s’empressent de les encercler et de les attaquer. Les patriotes se défendent jusqu’à épuisement des munitions puis se replient sous le feu croisé des allemands et de renforts “montés en hâte.”

Les coups de feu cessent vers 20H et quatre hommes manquent à l’appel.

Les quatre patriotes disparus et deux morts

Albert Jean Louis Muhet est l’un des enfants du sacristain de Charolles. Né dans cette ville, il est célibataire et exerce la profession de manœuvre. Il meurt à 24 ans. Son acte décès précise qu’il est décédé à 19H route de Charolles et qu’il a été “tué par les autorités allemandes” (mention marginale au crayon de papier). L’acte est transcrit le 26 juin à Charolles.

André Seyer est le fils de Jean Léon Seyer, rentier retraité à St Julien de Civry. Né dans ce village, il s’est marié à Angèle Bonnetain et est devenu cultivateur à Ozolles. Il meurt à 26 ans. Son acte de décès précise également qu’il est décédé à 19H route de Charolles et qu’il a été “tué par les autorités allemandes” (mention marginale au crayon de papier.) L’acte porte une mention “mort pour la France” et est transcrit le 27 juin à Ozolles.

Paul Gustave Victor Bourcet est fils de Marie Joseph Bourcet, directeur de banque à Charolles. Né à St Laurent (01), il est marié à Giselle Beaune et est électricien à Charolles. Il meurt à 21 ans. Son acte de décès précise les mêmes heures et lieux de décès (19H route de Charolles). La mention “Mort pour la France” est inscrite après une mention provisoire “sur avis favorable des FFI, bataillon de Charolles” (05/12/1944) et de la décision du secrétaire général des anciens combattants (04/04/1945). L’acte est transcrit le 26 juin à Charolles.

Antoine Gout est le 4ème patriote manquant. Né à Soursac en Corrèze, il s’est marié à Hélène Anglard née à la Tronche en Isère et est père de famille. Il exerce la profession de coutelier à Charolles. Son décès n’est constaté que le 12 juin par le brigadier de gendarmerie Louis Verniez. Le corps est  retrouvé au bois de Crazy sur la commune de Lugny les Charolles et “semble remonter au 8 juin”. Antoine Gout avait 36 ans. Son acte de décès est transcrit le 29 juin à Charolles.

Deux autres patriotes vont mourir de la suite de cette embuscade.

André Suchet , blessé pendant l’attaque “en amorçant des grenades” décède de ses blessures le 16 juin 1944.

Jean Louis Milliat est fait prisonnier, puis est torturé avant d’être fusillé le 17 juin 1944 par la Gestapo.

Tous ces noms apparaissent sur le mémorial de Beaubery.

Un monument à leur mémoire

Dès 1945, le conseil municipal de Charolles statue sur l’érection d’un monument à la mémoire des victimes de la guerre 1939-1945 et confie la création artistique à Mr René Davoine (médaillé du salon des artistes 1927-1929 et de l’exposition internationale de Paris 1937).

Le monument de 3,30m en pierre d’Artiges est installé à la jonction des routes de Paray et Gueugnon et est inauguré par le Général de Gaulle le 21 septembre 1947 à 11H (qui prend ensuite un déjeuner intime à la mairie avant de rejoindre Autun pour les fêtes de la libération).

 En mai 1946, un projet d’installation d’un monument “aux tués du 8 juin 1944” est établi. Deux propriétaires proposent de céder un terrain de part et d’autre de la route Nationale 79 (aujourd’hui partiellement RCEA).

D’un côté de la route, sur la commune de Champlecy et sur un terrain cédé par Mr Boudry, expert géomètre à Paray, on trouve une stèle en granit brut de St Maurice les Châteauneuf à forme de pyramide tronquée, posée sur un massif en béton recouvert de terre végétale destinée à recevoir une pelouse et surélevée par rapport à la route (1,30m).

De l’autre côté, sur la commune de Changy et sur un terrain cédé par Mr Charles Déchelette à Roanne, sont disposés dans un arc de cercle de corde de 30m et de flèche de 10m 7 bancs (symbolisant les 14 patriotes?), de 2 mètres de longs et séparés entre eux de 3 mètres.

Le monument est situé à 3,5km de Charolles et à moins de 100m du passage à niveau (de la ligne de chemin de fer désaffectée depuis). Des caniveaux sont prévus de chaque côté de la route.

Est bien le lieu de l’attaque?

Si on regarde un plan actuel, on se rend compte de plusieurs choses. Le lieu dit La Redoute n’est pas situé sur la commune de Paray le Monial (lieu de déclaration des décès). La limite entre les communes de Champlecy et Changy ne sont pas en bordure de la nationale 79.

On peut noter que pour le moment, la portion de route où est situé le monument n’est pas classifiée RCEA et n’est pas soumise à des travaux d’élargissement en 2X2 voies.

Le monument érigé

Après le décret de janvier 1947 pour l’établissement de monuments commémoratifs, un dossier est établi par le comité du souvenir et des fonds sont réunis pour financer les 93 097 francs liés à l’érection du monument et des bancs. Le décret préfectoral d’autorisation est signé le 28 mai 1947.

La stèle porte un “Vé” entrelacé avec une croix de Lorraine et le nom par ordre alphabétique des 4 patriotes disparus.

Le monument est évidemment visible lorsqu’on emprunte la route de Paray le Monial à Charolles.

Sources:

1w602-AD71, 6M Bourbon Lancy-Charolles 1936/1-AD71, Didier SÉROUART via mémorialGenweb, PR101-3-AD71, street-view Google, Etat civil Charolles, Paray le Monial, Ozolles

© 2014 Généalanille Article publié le 16 octobre 2014

 

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